Elle est descendue du train attendue au bon emplacement





Elle est descendue du train attendue au bon emplacement


Elle est descendue du train. Je ne l’aurais pas reconnue si je ne l’avais pas attendue au bon emplacement. Malgré la photo. Comme elle était belle sur la photo avec sa fille. J’aurais hésité si une autre blonde s’était approchée. Son visage m’apparut « bouffi. » Médicaments pour tenir ! Elle m’a dévisagé de haut. J’ai senti son regard hautain : elle retrouvait sa supériorité du collège. Il ne m’a pas blessé ; il était risible. Je n’étais plus l’auteur de chansons, le créateur de sites internet, j’étais redevenu Jean-Luc, collégien sans intérêt, fils d’agriculteur. J’ai lutté contre cette sensation mais j’étais abattu : elle n’avait pas vraiment changé. Je ne lui en imposais pas. Je n’avais pas voulu « lui en imposer », mettre mon masque show-biz. J’avais cru en son Amour mais son amour ne résistait pas à la réalité : elle revoyait un inférieur, ce qu’elle voyait en 1983, elle revoyait l’enfant apeuré. La tristesse m’assaillit et cet état pouvait lui renvoyer ma vieille condition. On s’est embrassés sur la bouche. Serrés avec réticence.
J’aurais pu quelques jours l’épater... mais pas une vie. Nous avions rêvé. Tellement sincèrement que je captais ses pensées à 600 kilomètres. Elle voulait que nous ayons deux enfants, elle voulait le mariage...
Malgré les apparences, notre échec se ressemblait. Nous avons le même âge. Nous sommes, malgré tout, d’une même génération. Et à quarante ans nous avons raté l’Essentiel. Nous pouvons nous consoler « par rapport aux autres », par rapport au naufrage encore plus flagrant de tant d’autres. Mais s’il existe une possibilité, un radeau, nous ferons tout, ou presque tout, pour y croire.



Le contact

Accueil écrivain